Editions du LéaV - LéaV - Livre

La Cité Napoléon. Une expérience controversée de logements ouvriers à Paris

La « question sociale » hante le XIXème siècle. C’est dans ce contexte que se font jour les premiers projets d’habitations ouvrières comme la Cité Napoléon. Les bâtiments construits rue Rochechouart seront l’unique réalisation de la société des Cités ouvrières de Paris, qui se proposait initialement de doter la capitale de multiples cités ouvrières. Quand son chantier reçut la visite enthousiaste d’une délégation autrichienne, ses promoteurs, l’architecte Marie-Gabriel Veugny et l’ingénieur gérant Joseph-Eugène Chabert, imaginèrent en exporter le principe social et les dispositions architecturales pour qu’ils soient appliqués à Vienne et dans les principales villes du vaste empire. Destiné à être offert « à sa Majesté Impériale, Royale et Apostolique, l’Empereur d’Autriche », un très bel album rehaussé d’aquarelle, daté de 1849, réunit en dix planches les dessins de la « cite ouvrière d’un arrondissement de Paris ». Quelques mois plus tard, le programme d’habitations ouvrières parrainé par Louis-Napoléon Bonaparte, qui devait assurer la réconciliation du travail et du capital tout en promettant à ses actionnaires un rendement certain, virait au fiasco. 

La Cité est mentionnée dans la plupart des études consacrées aux débuts du logement social en France, mais les circonstances entourant sa conception et sa réalisation n’avaient jamais fait l’objet d’analyses aussi précises et détaillées. C’est reconnaître à d’autres époques la possibilité d’ouvrir des sentiers nouveaux par un différend, rendu possible par l’accès à des sources inexplorées encore, notamment les archives notariales et le formidable magasin de journaux quotidiens que constitue la bibliothèque numérique de la BNF.  

En retraçant l’histoire de ce « cacique » des origines du logement social en France, et de ces représentations, l’auteur révèle les ambiguïtés qui vont marquer la gestation du projet. Dans cette affaire émergent des protagonistes laissés dans l’ombre par l’historiographie, comme le « Napoléon de la presse », Émile de Girardin et son réseau d’architectes et d’ingénieurs – les frères Delton, liés à l’ingénieur Chabert et à l’architecte Veugny –, l’implication des métiers du bâtiment, relayée par celle du Sous-Comptoir pour les entrepreneurs et de son représentant, Nicolas-Auguste Aublet, enfin le rôle des banquiers et des nouvelles institutions de crédit privilégiées, avant qu’elles ne deviennent nettement utiles aux spéculateurs pour mettre à profit les immenses travaux parisiens.  

La Cité, inscrite à l’inventaire des Monuments historiques en 2003, intéresse bien sûr les historiens du mouvement social, les architectes et les urbanistes, mais elle retient aussi l’attention du promeneur, sans doute parce que sa disposition peu conventionnelle laisse deviner encore les ambitions, certes contradictoires, qui avaient présidé à sa construction.


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