Construire les mondes des co-existences - ÉNSA Versailles

Construire les mondes des 
co-existences

Les profondes mutations que nos sociétés et nos environnements connaissent nous engagent à repenser les fondamentaux du projet.

Max Peintner « La force d'attraction intacte de la nature », 1971

« Il nous faut donc repenser la philosophie dans le sens du monde de la vie... Notre monde de la vie ne peut se bâtir sur la philosophie de l’individu. Bâtissons-le sur la philosophie de la coexistence, qui est indéniablement plus proche de la coopération, de la paix et du bonheur. » Zhao Tingyang, « Ontologie de la coexistence, du Cogito au Facio »

« Whit all this freedom to divide and combine, emphasise, order, delete, fill in and fill out, and even distort, what are the objectives and the constraints? what are the criteria for success in making a world ? “ Nelson GOODMAN, « ways of worldmaking »

D’une pensée de l’autonomie et de l’aménagement, il doit relever une pensée des relations et du ménagement. C’est ainsi que l’on peut découdre (et en découdre avec) les crises et bouleversements actuels dont la variété́ et l’intrication sont d’une inédite intensité́. Si la pensée moderne a en effet œuvré à ordonnancer et aménager le monde selon ses espèces, ses fonctions et ses usages, la pensée contemporaine doit chercher à construire de nouveaux agencements dans une perspective écologique. A une philosophie des objets autonomes doit donc succéder une pensée des objets en relation. Plus encore, dans une société́ du vivant et du pluriel, les coalescences, les bénéfices mutuels et les alliances qui peuvent relier les individus, les phénomènes et les environnements peuvent proposer un Monde des coexistences s’appuyant autant sur les singularités que sur les réseaux. Partout, il est possible d’infléchir le réel en le redéfinissant selon des relations qui pourraient l’enrichir. Cela nous invite à suivre des voies singulières, celles qui relativisent l’immédiateté́ contemporaine, celles-là̀ qui positionnent le processus de faire projet dans une forme d’inactualité́, comme le suggère Giorgio AGAMBEN  
« ...celui qui appartient véritablement à son temps, le vrai contemporain est celui qui ne coïncide pas parfaitement avec lui ni n’adhère à ses prétentions et se définit, en ce sens comme inactuel ; mais précisément pour cette raison, précisément par cet écart et cet anachronisme, il est plus apte que les autres à percevoir et saisir son temps ». Nos villes, nos territoires, nos logements, les climats dans lesquels nous agissons sont soumis à des forces antagonistes, à des dualités, peut-être même à des conflits, c’est au sein de cette dialogique que le projet de construire les Mondes des coexistences, doit puiser ses fondements entre archaïsme et contemporain, entre technique et culture, entre idéologies et idéaux, entre local et global, etc... Dans cet environnement où tout semble pouvoir être remis en question, le projet subsiste comme modalité́ de pensée et d’action de l’architecture ; et il est plus que jamais une histoire de composition. Non pas dans le sens de la belle forme ou des ordonnancements, mais dans le sens d’une diplomatie, d’une attention, d’un égard envers ce qui nous environne et qui par conséquent nous constitue. Cette approche nous invite à construire le projet comme le lieu d’un agencement et d’une co- incidence entre les échelles, les savoirs et les phénomènes, d’une coexistence.