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[INTERVIEW ALUMNI] : Benoist Desfonds

Benoist Desfonds est architecte et cofondateur de LOCAL, agence d'architecture et d'urbanisme implantée à Bergen, Bruxelles et Paris. Fondée avec Matthieu Boustany, Gilles Guyot, Elida Mosquera et Jérôme Picard, l'agence s'est imposée sur la scène européenne — récompensée par l'Europan 15, l'International Architecture Award 2025, une mention au World Architecture Festival et le Crossroads Prize à la Biennale d'architecture et d'urbanisme de Séoul — et figure parmi les Europe 40 Under 40. Après des années de pratique orientées vers la construction neuve, c'est la réalité croissante des commandes de réhabilitation et les évolutions réglementaires qui l'amènent à rejoindre le Mastère Spécialisé® TEC XX. Il revient pour nous sur ce choix, sur ce que la formation a transformé dans sa lecture de l'existant, et sur la manière dont elle nourrit aujourd'hui la pratique et le positionnement de LOCAL.

Portrait de Benoist Desfonds
Portrait de Benoist Desfonds

Quelles ont été vos motivations pour rejoindre le Mastère Spécialisé® TEC XX ?

Après différentes expériences en agence à l’étranger, majoritairement orientées vers la construction neuve, puis la création de notre agence d’architecture LOCAL à Paris, ma pratique s’est progressivement déplacée vers des sujets de rénovation, de réhabilitation et de transformation : appartements pour particuliers, rénovations de façades et/ou de commerces en milieu contraint, ainsi que la transformation d’immeubles de bureaux en logements. Cette réalité de la commande, combinée aux évolutions réglementaires, conduit à se confronter à des contraintes architecturales et techniques singulières, avec des aléas souvent plus élevés qu’en construction neuve. Ces paramètres peuvent contraindre l’économie du projet, tout comme impacter la définition du projet. Mes motivations visent tant à mieux répondre aux commandes actuelles, qu’à un besoin de monter en compétence sur les volets thermiques, énergétiques et environnementaux : mieux anticiper et cerner les enjeux de l’existant, comprendre les pathologies présentes - ou potentiellement à venir selon l’intervention - et approfondir mes connaissances sur les constructions du XXe siècle.

Quels enseignements au cours de la formation vous ont le plus marqués, ou apportés dans le cadre de votre pratique ?

L’enseignement le plus singulier pour ma pratique concerne la place accordée au diagnostic de l’existant. Intervenir sur un bâtiment existant, notamment de logement, demande un temps dédié à l’observation, aux relevés et aux investigations, alors que ce temps n’existe souvent pas - ou se trouve réduit - dans nos commandes. Lors de notre cas d’étude (une résidence moderniste de 315 logements, en site occupé), le diagnostic s’est construit comme une étape approfondie : comprendre l’histoire du bâtiment, ses principes constructifs, la constitution de l’enveloppe, et ses transformations successives. L’apprentissage autour des relevés thermiques et de leur interprétation, des sondages pour identifier les matériaux, puis l’intégration de ces données dans une simulation thermique change la manière d’aborder la lecture d’un bâtiment. Les échanges avec les habitants, pour comprendre les usages des logements comme des parties communes, ont aussi représenté un moment important : écouter les récits, obtenir des photos d’époque, comprendre ce qui a fonctionné ou non, ce qui s’est parfois perdu. On récupère parfois des informations que les propriétaires successifs ne se sont pas transmises, comme des notices du bâtiment à la livraison. Cette démarche croisée entre technique et investigation ouvre à la fois une vision critique et sensible de l’existant, tout en nourrissant les pistes d’étude pour faire projet.

Quels sont vos projets actuels ? Avez-vous des réalisations en cours ou à venir en lien avec la rénovation et la réhabilitation ?

En 2026, nous développons plusieurs projets, à différentes échelles et sur des programmes variés : en France, nous concevons l’extension d’un centre sportif, nous menons des missions d’aménagement intérieur pour le secteur hôtelier, et nous réalisons des projets de commerces. En lien direct avec la rénovation et la réhabilitation, nous avançons sur une mise en conformité ERP d’un immeuble tertiaire, intégrant une rénovation thermique ainsi qu’un travail spécifique sur le traitement et la qualité de l’air. Par ailleurs, avec nos associés en Belgique et en Norvège, nous conduisons des études sur des ouvrages d’art et des équipements sportifs, ainsi qu’une thématique de réflexion dédiée à la place des seniors («Greymatter»).

Le TEC XX vous a-t-il permis d'approcher un nouveau type de commande, ou un repositionnement de votre activité ?

Le TEC XX accompagne un positionnement progressif vers la réhabilitation : nous répondons à des appels d’offres, et la formation alimente nos notes méthodologiques en structurant notre approche du diagnostic, des enjeux énergétiques, et des contraintes d’intervention sur l’existant. Sur le logement, l’occasion ne s’est pas encore présentée d’appliquer directement ces nouveaux acquis. Néanmoins, les méthodes restent pleinement pertinentes et transposables : sur des opérations tertiaires, les outils développés au TECXX m’ont permis de constituer des supports de communication clairs vis-à-vis des maîtres d’ouvrage dès les phases d’études préliminaires, afin de faciliter les arbitrages.

Avez-vous gardé des liens avec les membres de votre promotion ?

Oui, nous sommes restés en contact avec plusieurs. Nous avons notamment collaboré avec Sophia Zahi sur un sujet de rénovation. Pour le moment, nous restons en lien, et des collaborations restent envisageables selon les opportunités.

Quels conseils donneriez-vous aux futurs candidats du Mastère TEC XX ?

Se réserver une journée par semaine a créé un vrai temps de recul sur ma pratique : dans le rythme quotidien de l’agence, c’est à la fois un moment de respiration et d’apprentissage. Je conseille aussi de rester attentif aux cas d’étude des autres membres, qu’ils concernent des opérations en bailleur social ou en copropriété. Les typologies et les modes constructifs évoluent rapidement au XXe siècle et le TEC XX aide à élargir le regard sur des périodes, des pathologies et des logiques de transformation différentes.

De manière générale, que diriez-vous que la formation TEC XX vous a apporté ?

Un regard renouvelé et une boîte à outils opérationnelle pour aborder la réhabilitation, en particulier dans le logement, mais pas uniquement. La formation m’a aussi apporté une méthode de lecture de l’existant, avec des repères techniques et énergétiques renforcés, ainsi qu’une capacité renforcée à structurer et porter un discours clair auprès des différents acteurs d’un projet d’architecture.

Nous remercions chaleureusement Benoist pour cette interview.

Quelques projets de Benoist Desfonds, lors de sa formation et avec son agence LOCAL :