[INTERVIEW ALUMNI] : Christopher Dessus – Designer de l’année du club des DA
De l’ÉNSA Versailles à la création de Paf atelier, Christopher Dessus a construit un parcours à la croisée de l’architecture, du design et du graphisme. Fondateur de Paf atelier en 2017, il vient d’être distingué à deux reprises lors de la cérémonie de remise des prix du Club des DA, avec le Premier prix pour La mode est une fête – Paul Poiret et le Deuxième prix pour Orphéon, dans la catégorie Design d’espaces – Expositions. Il a également été élu Designer de l’année par le Club des DA, une distinction qui vient saluer son parcours exceptionnel et sa pratique du design d’espaces.
Sa trajectoire reste également liée à celle de l’ÉNSA Versailles. En 2022, à l’occasion de la deuxième Biennale d’Architecture et de Paysage d’Île-de-France, Christopher avait notamment accompagné l’école dans le cadre de plusieurs productions et créations graphiques. Une collaboration qui témoigne d’un lien toujours présent entre l’ancien étudiant et son école. À l’occasion de ces distinctions, Christopher Dessus revient sur ses années à l’ÉNSA Versailles, la création de Paf atelier, sa pratique du design d’espaces et les projets qui font aujourd’hui l’actualité de l’atelier.

Vous avez été étudiant à l’ÉNSA Versailles avant de fonder Paf atelier en 2017. Quels souvenirs gardez-vous de votre passage à l’école et qu’est-ce que cette formation vous a apporté dans votre parcours professionnel ?
Tout d’abord une énorme ouverture d’esprit, de la rigueur et le sens du travail. Je crois que l’école m'a vraiment appris ce qu’est un projet et m’a donné du courage et de la méthode pour mener mes idées à terme. Je me souviens surtout des ateliers, de l’entraide et de l’amour aussi. Entre mon entrée à l’ENSA Versailles et ma sortie, je suis devenu quelqu’un de complètement différent !
Après vos études, comment s’est construite la transition entre votre parcours d’étudiant et la création de votre propre atelier ?
J’ai commencé en tant que producteur à la villa Noailles et juste après, j’ai créé la revue Pli, Tremplin d’édition qui s’éloignait de l’architecture pure. J’ai eu envie de cette ouverture vers l'édition et l’écriture. Je ressentais aussi cette urgence viscérale de trouver ce qui allait m’animer pour le futur. Paf atelier était alors mon side projet mais, après avoir gagné mes premiers projets, j’ai décidé de me consacrer à fond à l’atelier. Il a fallu alors investir et concrétiser l’approche.
Paf atelier développe aujourd’hui une approche à la croisée de l’architecture, du design et du graphisme. Comment définiriez-vous votre démarche et ce qui fait l’identité de l’atelier ?
On fait de tout et c’est un choix vraiment assumé. On souhaite s’adresser à tous les clients et tous les publics, ne pas se limiter, rencontrer des gens et des contextes à chaque fois différents. Ma démarche est plus méthodologique qu’esthétique en ce sens que je ne veux pas faire du décor pur ou de la paraphrase. Quand je conçois un projet, je réfléchis globalement et avec l’équipe on écrit, on invente une narration et une forme qui s’adaptent au contexte. On pense global.
Vous venez de recevoir deux distinctions au Club des DA, avec le Premier prix pour La mode est une fête – Paul Poiret et le Deuxième prix pour Orphéon, dans la catégorie Design d’espaces – Expositions. Qu’est-ce que cela représentent pour vous ?
Oui deux prix ! Plus celui du Designer de l’année qui m’a vraiment surpris !
L’exposition au MAD (Musée des Arts décoratifs) a été très importante pour moi avec cette magnifique main tendue par Annette Lenz qui a réalisé toute la DA du projet. J’ai pu exprimer et mettre en forme mes envies pour une exposition dans une institution prestigieuse et à portée internationale. C’était un travail ultra précis en muséographie aussi.
Orphéon est un travail de commande commerciale avec une visée artistique, ultra sensorielle et plastique. Le projet a été vraiment super naturel à dessiner. Il convoquait le son, le parfum, la musique, avec une collaboration forte avec l’artisanat de précision. C’est un projet riche et j’ai beaucoup aimé travailler avec les équipes de la marque.
Ces deux projets témoignent aussi d’un travail autour de l’espace, de la scénographie, du graphisme et de l’expérience du visiteur. Comment abordez-vous la conception d’une exposition, le dialogue avec les autres professionnels qui participent au projet ?
La conception d’une exposition part certes d’une idée forte de départ mais surtout d’une lecture spatiale très claire et affutée. Mon job est ensuite de répondre aux problématiques et d'en faire la synthèse pour qu’elles deviennent des moteurs de création et de prise de décision. La scénographie doit servir le propos du commissaire, c’est un travail que l’on ne peut pas faire dans son coin. Il implique des discussions et des échanges aussi bien avec la personne qui conçoit le contenu de l’expo qu’avec les équipes du lieu qui accueille l’événement. On doit travailler en prenant en compte les contraintes de lumière, de son, de stockage, d’accrochage, de sécurité, de gestion des flux etc.
Le scénographe est un élément dans un système global et on est tous là pour faire naître l’exposition le mieux possible. Et puis, il y a les oeuvres et souvent on se rend compte que le résultat final leur appartient à elles : en fait, nous, on s'adapte à leur présence ou leur absence, à leur personnalité…
Quels sont aujourd’hui les projets ou les sujets qui vous occupent, et comment imaginez-vous la suite pour Paf atelier ? Pour terminer, quel conseil donneriez-vous à un jeune étudiant en architecture ?
Ce sont des sujets de fond qui m’occupent et me préoccupent en ce moment. Je me demande comment continuer à faire ce que je fais dans un contexte économique, politique et environnemental plus que complexe. Comment rester fidèle à mes envies, mes convictions dans ce monde-là ? Je cherche des solutions vertueuses et viables économiquement, c’est intéressant mais pas super facile !
Mon conseil aux jeunes étudiants c’est de ne jamais cesser d’être ambitieux. Construire une vision c’est prenant, ça demande du travail et de l’attention. Donc n’ayez pas peur de travailler et d'être le plus précis possible, ayez le sens du labeur, n’ayez pas peur de vos idées et vos envies, ayez du courage !
Merci à Christopher Dessus d’avoir répondu à nos questions, et nous lui adressons encore toutes nos félicitations pour ces prix bien mérités !