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2008/2009 - Projets P45

Projet P45 - Semestre 1

La plaine d’Achères dans les Yvelines

Master 1 et 2 - 2008/2009

Enseignant

Richard Sabatier

Etudiant(s)

Nathalie Desforges, Francesca Galdangelo, Cinthia Garcia, Ethel Gressent, Jon Ougon, Joon-Chul Jung, Alice Lauret, Céline Luec, Lotfi Messahel, Julia Pauillac, Olivia Wattrelot

La plaine d’Achères dans les Yvelines La plaine d’Achères dans les Yvelines La plaine d’Achères dans les Yvelines La plaine d’Achères dans les Yvelines La plaine d’Achères dans les Yvelines

I. Le contexte du projet

A. Eléments de problématique : péri-urbanité, potentiel d’urbanité ?Le secteur de la plaine d’Achères, proposé à l’étude par le CAUE 78, a été désigné comme un Périmètre Régional d’Intervention Foncière possible (un PRIF ), par l’Agence des Espaces Verts (l’AEV).
Dans le cadre de notre projet, il s’agit d’imaginer pour ce territoire, des dispositifs d’aménagement, compte tenu du contexte d’agglomération. Comment pérenniser ce milieu écologiquement fort, dans un contexte d’urbanisation de plus en plus pressant ?

B. Localisation géographique
La plaine d’Achères est située dans la vallée de la Seine, à trente kilomètres en aval de Paris, dans le département des Yvelines. Elle se déploie sur une quinzaine de kilomètres, au nord de la boucle du méandre de Saint-Germain-en-Laye, entre la forêt domaniale et le fleuve, au niveau du confluent de l’Oise et de la Seine.
Dans notre étude, nous avons retenu la partie de la plaine d’Achères comprise entre la Route Nationale 184 d’une part, et le secteur d’activité du SIAAP d’autre part. Notre réflexion porte sur ce secteur, de deux cents hectares. Cependant, les problématiques soulevées invitent régulièrement à ouvrir l’observation sur des échelles plus vastes.

C. Actualité
1. Fin de l’épandage
La ville de Paris est propriétaire des terres anciennement affectés à l’épandage et maintenant maintenus en culture ou laissés en friche. La fin de cette utilisation implique une remise en question de l’occupation des sols.
2. Extraction du sable
La plaine d’Achères est un des gisements de sable potentiellement très importants pour l’agglomération. Le sable constitue un enjeu économique majeur. L’extraction des sables intéresse les communes alentour. En effet, la perception de la taxe de foretage imposée aux carriers, permettrait à la ville d’Achères de racheter les terrains dont la capitale est actuellement propriétaire.
3. Des projets d’aménagement en cours
De nombreux projets d’aménagement s’inscrivent dans l’actualité de la plaine d’Achères : la Francilienne, le PGA, le port autonome notamment. Nous les détaillerons dans une phase ultérieure de notre étude.

D. Investigations
Nos recherches ont principalement consisté en des observations sur le terrain et des rencontres avec des acteurs. Relevés photographiques, entretiens avec des usagers et des personnes ressource, lectures, recherche d’informations par le biais d’Internet, ont constitué les principaux moyens de nos investigations mais aussi les supports de nos discussions.
Quatre ateliers, avec les partenaires du projet, à différentes étapes de notre travail, ont ponctué notre réflexion sur ce territoire.

II. Problématiques, enjeux

A. « Tableaux naturels »

La plaine d’Achères s’inscrit dans un paysage de vallée.
Les personnes qui pratiquent la plaine vantent le caractère « naturel » de cet environnement : ils en louent « le vert », « l'air pur », « le joli paysage », « la tranquillité de cet espace hors la ville ». Un chasseur nous confie volontiers que « c'est pour le grand-air », le rapport à « la nature », qu'il aime chasser dans la plaine d'Achères. Des habitants nous racontent les visites régulières de sangliers ou encore de biches dans leur jardin etc.
Du fleuve jusqu’au méandre, on observe un étagement des composantes du paysage. Les bords de Seine, à végétation spontanée, les champs, les friches et la forêt de Saint-Germain-en-Laye, composent un « tableau naturel », un milieu écologique dont il est important de témoigner.

B. Biodiversité
1. Un foyer écologique
La plaine d'Achères, par sa situation d’interface entre la Seine et la forêt de Saint-Germain-en-Laye apparaît de fait comme un espace écologiquement complexe et à plus grande échelle, la plaine d'Achères se situe au croisement de deux corridors écologiques importants :
- Jonction transversale, de versant à versant
D’après le Plan vert de la région parisienne, la plaine d'Achères est comprise dans la « ceinture verte » de Paris, qui vise à « maîtriser le front urbain […] (via) la protection et la mise en valeur du patrimoine naturel de la région ».
- L'axe de la vallée de la Seine
Aussi, les bords du fleuve sont de véritables foyers écologiques offrant par leur structure des espaces de nidification, de repos et de nourriture pour les oiseaux. D’autant plus lorsqu’à ceci s’ajoute une plaine agricole, elle même bordée par une forêt, tout cela à une quinzaine de kilomètres de la Défense. La plaine d'Achères a une position d'autant plus stratégique dans ce réseau, qu'elle est la dernière plaine agricole maintenue avant l'urbanisation dense.
2. Paysage de fleuve
Si l'on considère la suite des méandres de la Seine, du Havre à Paris, la boucle du méandre de Saint-Germain-en-Laye est la dernière où coexistent encore espaces agricoles, forêt, contenant l’occupation urbaine. Ces occupations du sol semblent constituer l'identité de la succession des boucles de la Seine qui se déploient en aval de Paris.
En se rapprochant d'avantage de la capitale, la présence de ces milieux naturels riches, s’efface au profit de l'urbanisation. Cette organisation topographique spécifique semble en effet s'estomper pour laisser la place à des logiques d'implantation exclusivement urbaines.

III. La nature en questions

Ce caractère « naturel » de la plaine d'Achères, est très largement apprécié par les personnes qui la pratiquent. Mais paradoxalement, ce sentiment de « nature » reconnue et exaltée, se confronte à la réalité d'un paysage altéré par des années de pollution et de traitement des « rejets » émis par Paris.

A. Cent années d’épandage
Cent années d'épandage s'inscrivent ainsi dans le paysage de la plaine d'Achères.
Le 10 juillet 1894, une loi cadre du tout à l'égout fixe les conditions de l'épandage. Elle impose à la ville de Paris, le traitement de la totalité des ses eaux d'égouts, dans un délai de cinq ans, sur des champs mis en culture.
Un an plus tard, en 1895, le parc agricole d’Achères est mis en service ainsi que le jardin modèle de la ville de Paris qui offre aux promeneurs d’observer le retour à la Seine, des eaux épurées par l’épandage. Une partie du domaine de la forêt de Saint-Germain-en-Laye est cédée à la ville de Paris pour la mise en œuvre de l’épandage (environ 430 hectares de forêt sont ainsi déboisés). En 1900, toutes les eaux usées de Paris sont traitées par épandage.
En 1940 est mise en service la première station d’épuration d’Achères, qui est à l’époque la plus grande station d’épuration au monde. Puis en 1970, le Syndicat Interdépartemental pour l’Assainissement de l’Agglomération Parisienne (SIAAP) est constitué.
Dés 1902, des règlements sanitaires régissent les cultures, jusqu’à ce qu’en 2000, un arrêté interdise provisoirement puis définitivement la production des cultures légumières et aromatiques sur les parcelles où ont été épandues des eaux usées.
Seules les cultures à visées non alimentaires sont autorisées sur les parcelles desservies par le réseau d’épandage.
Après avoir vanté le cadre naturel exceptionnel des rives de Seine, les personnes que nous avons rencontrées évoquent la pollution engendrée par l'épandage et les activités de la station d'épuration: « oui, il y a des pêcheurs mais si j'étais eux, je mangerais pas les poissons ! Ça pue des fois dans la journée avec la station d'épuration, lorsqu'il y a des changements atmosphériques et tout ! ».
C'est cette opposition entre une nature « réelle », « effective » et un paysage « ressenti », qui semble utile de préciser. Une opposition entre une nature représentée comme « sauvage », à laquelle se superpose les effets « culturels » de l'intervention des hommes.

B. Opposer la nature à la culture
L'exaltation de la « nature », à l'œuvre dans la plaine d'Achères semble entrer en contradiction avec un « paysage réel », qui apparaît comme la somme de façonnements humains. Le recul de la forêt domaniale pour permettre l'épandage, sur ce territoire, des eaux usées de la ville de Paris est peut-être le résultat le plus visible - sur la construction du paysage - de l'adaptation des statuts du sol, aux nécessités de la planification. Mais ce sont aussi les bouches d'irrigation comme les anciens tracés parcellaires qui renseignent sur le processus de formation de ce site.
Guy de Maupassant, décrit cette ambivalence d’une nature inféodée par la capitale mais également source de détente et de loisir dans son ouvrage Une Partie de campagne :
« En arrivant au pont de Neuilly, M. Dufour avait dit : « Voici la campagne enfin ! » et sa femme, à ce signal, s'était attendrie sur la nature.
Au rond-point de Courbevoie, une admiration les avait saisis devant l'éloignement des horizons. A droite, là-bas, c'était Argenteuil, dont le clocher se dressait ; au-dessus apparaissaient les buttes de Sannois et le Moulin d'Orgemont. A gauche, l'aqueduc de Marly se dessinait sur le ciel clair du matin, et l'on apercevait aussi, de loin, la terrasse de Saint-Germain ; tandis qu'en face, au bout d'une chaîne de collines, des terres remuées indiquaient le nouveau fort de Cormeilles. Tout au fond, dans un reculement formidable, par-dessus des plaines et des villages, on entrevoyait une sombre verdure de forêts.
Le soleil commençait à brûler les visages ; la poussière emplissait les yeux continuellement, et, des deux côtés de la route, se développait une campagne interminablement nue, sale et puante. On eût dit qu'une lèpre l'avait ravagée, qui rongeait jusqu'aux maisons, car des squelettes de bâtiments défoncés et abandonnés, ou bien des petites cabanes inachevées faute de paiement aux entrepreneurs, tendaient leurs quatre murs sans toit.
De loin en loin, poussaient dans le sol stérile de longues cheminées de fabriques, seule végétation de ces champs putrides où la brise du printemps promenait un parfum de pétrole et de schiste mêlé à une autre odeur moins agréable encore.
Enfin, on avait traversé la Seine une seconde fois, et, sur le pont, ç'avait été un ravissement. La rivière éclatait de lumière ; une buée s'en élevait, pompée par le soleil, et l'on éprouvait une quiétude douce, un rafraîchissement bienfaisant à respirer enfin un air plus pur qui n'avait point balayé la fumée noire des usines ou les miasmes des dépotoirs. »
Cette contradiction invite à considérer le paysage, non plus dans sa dimension strictement objective, marchande, mesurable, mais au contraire comme un processus culturel, social, historique qui fait que la nature est saisie comme paysage : « […] Certains éléments n'ont pas attendu l'humanité pour exister mais s'ils composent un paysage, c'est à condition qu'on les regarde. Seule la représentation fait paysage
[…] » .
Edgar Morin, dans son ouvrage Le paradigme perdu : la nature humaine, invite à dépasser l'opposition systématique entre Nature et Culture. Il propose de mettre un terme à la vision « d'une nature non-humaine et d'un homme non naturel », qui se définirait « hors de la nature », strictement « dans le champ de la culture ». L'auteur invite à resituer notre rapport à un « arbre » généalogique, à une série qualités biologiques et de transformations qui nous constituent.
C'est dans l'analyse conjointe de l'espèce, de la société et de l'individu qu'Edgar Morin propose de penser le rapport entre Nature et Culture : l'homme comme une totalité « bio-psycho-sociologique ».
C'est dans ce contexte d'une Nature en questions, mise à mal par certains choix de la société à un temps T, et d'un territoire aux franges que nous sommes invités à penser la plaine d'Achères. Que faire maintenant que l'épandage est arrivé à son terme ?

IV. Projets

Plus que des projections spatiales clairement délimitées, il semble que cette question de la dialectique entre culture et nature, invite plus largement à penser le devenir de cet d'espace dans un projet de société. Mais plus encore, cette question invite à questionner nos stratégies de projets, qui doivent s'inscrire durablement dans le territoire. Nous avons développé deux approches spécifiques qui témoignent de deux manières d’appréhender la plaine d’Achères.
Une première position, que nous qualifierons « d’active » et qui remodèle le territoire de la plaine d’Achères, selon une culture du projet et de l’aménagement qui s’emploie à de profondes transformations.
Une deuxième position qui visera d’avantage en la recherche d’un équilibre, d’une souplesse, entre la « nature » et l’ « agir humain ».